L’amitié

WILLIAM ET FABIAN : L’AMITIÉ

 

C’est en février 2003 que, grâce au passage d’ALLEF sur les antennes de Radio France Internationale, le papa de William entend parler de cette expérience originale de l’échange. Le temps que le concept mûrisse dans notre esprit, et nous voilà en train d’interroger William, 8 ans et demi. Devant son accord, nous partons à l’assemblée d’ALLEF à Mayenne au mois d’avril, puis nous remplissons directement le dossier.

A la mi-juin, bingo ! Fabian et sa famille nous sont proposés. Ils habitent près de Stuttgart, en Allemagne. Nous nous rencontrons l’été chez nous (à Coulommiers, en Seine et Marne) et en Allemagne (où nous souffrons encore plus de la canicule qu’en France !) Le courant passe (en anglais), et l’échange est confirmé. Petit accroc de compréhension néanmoins au cours de l’été : faisant un excès de zèle, j’indique aux parents que tous les vaccins qu’a subis William sont obligatoires pour l’inscription à l’école (ce que je croyais), et voilà que les parents s’en contrarient beaucoup. J’apprends à cette occasion que tous les vaccins administrés en France ne le sont pas obligatoirement en Allemagne, et que seul le BCG est obligatoire pour l’inscription à l’école française (encore ai-je eu le sentiment que cette obligation aurait été très négociable à la mairie de Coulommiers). Avant même l’échange, une leçon de modestie…

Le 31 août 2003, Fabian arrive. Pendant que la maman pleure et que le papa est très tendu, l’enfant est si content qu’il dit à peine au revoir à ses parents ! La vie ordinaire commence, et dès les premiers jours Fabian s’avère très adaptable à l’école et intéressé par tout. Il est si content de la nourriture qu’il mange à la maison deux fois plus que nos enfants (qui ont, il est vrai, un appétit d’oiseau) et qu’il finit les assiettes des copains à la cantine ! Par la suite, Fabian, habitué à la nourriture, se montrera plus modéré.

Comme nous ne parlons pas du tout allemand, Fabian est obligé de faire des efforts, qui se couronnent par les premiers mots à la mi-octobre et par une expression orale déjà tout à fait correcte à la Toussaint. Tout serait merveilleux si notre second garçon, Geoffroy, deux ans de moins que William, n’avait pas montré de la jalousie depuis l’arrivée de Fabian. Il s’agissait d’une jalousie due au simple fait d’un enfant supplémentaire : c’est ainsi que je me suis vue reprocher de servir davantage Fabian à table que lui (normal, il mangeait 2 fois plus), de le servir en premier (exact, je ne m’en étais pas rendue compte), de ne jamais le gronder pour ce que j’estimais être des futilités. Cela n’empêchait pas Geoffroy de beaucoup jouer avec Fabian. Geoffroy mettra quatre mois à accepter totalement la présence de Fabian, mais aura considéré Fabian comme son meilleur copain les deux derniers mois.

Fabian pratiquait le handball en Allemagne, mais pour des raisons pratiques il s’est inscrit au club de basket de William et Geoffroy. Il a eu des activités différentes de l’Allemagne. William, mais aussi Geoffroy, se sont enrichis au contact d’un copain et de ce qu’il leur racontait de sa vie en Allemagne. Ils ont passé six mois soudés ensemble. Sur le plan scolaire, je me suis attachée à ce que Fabian soit le mieux possible initié au français écrit (qui est très différent du français oral du fait des nombreuses lettres non prononcées). Aussi ai-je commencé après le premier mois de présence à employer une méthode de CP syllabique (méthode Bosher, mais il y en a d’autres, elle a l’inconvénient d’utiliser un vocabulaire un peu ancien). Tous les soirs nous lisions une leçon et nous prononcions les mots. Il a fallu souvent revoir plusieurs fois les leçons.

Le séjour de Fabian s’est terminé par une semaine de ski pendant les vacances d’hiver, au cours desquelles il a acquis sa première étoile alors qu’il n’avait jamais mis les pieds sur des skis. Ses parents sont ensuite venus le chercher, nettement plus souriants que lorsqu’ils l’avaient laissé !

Le week-end suivant était consacré à emmener William en Allemagne. Plusieurs jours avant son départ, il souriait et chantonnait, content d’aller revoir Fabian. Une vraie amitié était progressivement née, ressemblant d’ailleurs très fortement à des sentiments fraternels. C’est un William souriant que nous avons laissé chez Fabian, en nous demandant comment Geoffroy, qui ne sait pas s’occuper seul, allait affronter la situation. Et là, étonnement : Geoffroy est plutôt content d’être enfant unique !

L’échange de William et Fabian se poursuit. William a des activités différentes de la France : voilà que c’est son tour de faire du handball ! Il a une autre vie, il est content.

Le bilan de cet échange non terminé est qu’il permet un enrichissement de tous, et pas seulement des enfants concernés, et qu’il se vit très bien à condition de ne pas vouloir déléguider son enfant depuis son pays ni de chercher à connaître les détails de sa vie. Les familles intéressées par les échanges étant ouvertes et dynamiques, il n’y a aucune raison que l’enfant soit déçu. Je me suis aussi toujours dit que c’est plus facile d’accueillir des enfants non encore adolescents : il n’y a en effet aucun problème de demande d’autonomie ou d’arrière-pensée de la part de l’enfant, moins compliqué que l’adolescent. Le seul petit bémol à cette expérience est qu’un enfant de plus, c’est lourd en temps – la fin de l’échange a vu les parents fatigués – et que la scolarité de Geoffroy en a été un peu négligée. J’ai le cœur serré à l’idée que les liens vont devoir se distendre dans quelques mois, et nous comptons bien faire le maximum pour continuer à recevoir Fabian.

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