Rivalité et jalousie nuages sur la fratrie

Rivalité et jalousie : nuages sur la fratrie

Même si la plupart des parents rêvent que les relations entre leurs enfants baignent dans l’harmonie, la réalité est toute autre, et l’on sait bien que dans une fratrie rien n’est jamais vraiment totalement simple : ni tout noir ni tout blanc.

Cette intimité imposée et non choisie, sous le toit familial, entre des personnalités nécessairement différentes, mais reliées entre elles par un lien puissant, l’amour de leurs parents qu’ils doivent partager, ne peut être faite que d’ambivalence :

Je t’aime et je te déteste en même temps.

Coexistent ou se succèdent des instants de joies, de complicités, de rires, de jeux, mais aussi de conflits, de franche hostilité, de cris, de disputes.

Et cela au fond, tout au long de la vie, de la toute petite enfance, à l’adolescence, beaucoup, et même à l’âge adulte où certains évènements : réussites éclatantes, mariages, naissances des enfants, et surtout décès des parents avec problèmes de successions à la clef,  vont réactiver des émotions que l’on croyait enfouies….

Ce qui se joue bien sûr dans la fratrie, c’est la place que l’on a eu, que l’on a, ou plutôt, que l’on imagine avoir, dans le cœur des parents.

C’est la place que l’on a conquise et que l’on ne veut pas céder.

C’est celle de « l’autre » que l’on voudrait prendre, celui que l’on imagine, à tort ou à raison, comme le privilégié, le chanceux, le « préféré ».

Ce qui se joue dans la fratrie c’est cet impossible partage !

Les parents ont beau promettre et jurer qu’il n’y a aucune préférence, que chacun occupe la bonne place, le fantasme demeure.

Il est rarement avoué : la jalousie est un sentiment dont on est loin d’être fier !

Les rivalités fraternelles sont une source de stress pour les parents. Ils les anticipent, les redoutent : « Après la naissance de Lucas me dit cette mère, j’avais l’impression que je ne pourrai jamais aimer autant un autre enfant. Cela m’angoissait quand j’attendais le second. Alors quand il est né, j’étais tellement obsédée par l’idée qu’il ne fallait pas que Lucas soit jaloux que je m’occupais de son frère, presqu’en cachette…. »

Sentiment excessif et intense car il est chargé dans l’inconscient du père ou de la mère, de leur propre rivalité avec l’un ou l’autre de leurs frères et sœurs.

Quelle que soit la façon dont résonne leur histoire personnelle, les parents dans l’ensemble supportent mal les conflits entre leurs enfants. Parfois ils les ignorent, ne veulent pas les voir, et c’est au cours d’un entretien avec eux, pour toute autre chose, que nous mettons en lumière un conflit pénible entre deux enfants.

D’autres consultent pour cela, comme cette mère qui me dit à propos des disputes incessantes entre ses deux garçons :

« Je monte tout de suite aux créneaux, car c’est le truc que je ne peux pas supporter »…

Leurs conflits ont en effet pour elle un goût amer puisqu’ils mettent en échec son rêve d’harmonie familiale et de bonheur fraternel sans nuage que, petite fille unique, elle avait projeté.

La rivalité fraternelle est parfois fugace, sans trop de conséquence, contrebalancée par une part de complicité. Presque naturelle en somme.

Mais elle peut être aussi l’objet de vraies souffrances quand elle devient système.

Il s’agit souvent d’un aîné, qui, pour protéger sa place d’aîné, dénigre systématiquement son cadet. Il se moque, l’humilie, l’ignore, parfois le frappe, loin du regard des parents. A la longue le capital d’estime de soi du plus jeune est largement entamé. Il perd confiance en lui, se méfie des autres, se sent fragile et vulnérable. En famille il peut devenir difficile, agité, pleurnicheur, ombrageux, d’autant qu’alors c’est lui qui apparaît comme l’empêcheur de tourner en rond, pour qui au bout du compte, on est contraint de consulter.

C’est ce que vient me dire la mère de Marius, 11 ans, second d’une fratrie de 3. La famille vit en Afrique du sud et passe les vacances scolaires en France…. La fille aînée, 13 ans, est décrite comme « facile, docile, adaptable, travaillant bien ». Le plus jeune, un garçon de 9 ans, est lui « drôle, paresseux mais très gentil ». Marius, quant à lui est « détestable, jamais content, systématiquement opposant, assommant » !

Quand je vois Marius, il est triste, pleure, et m’explique que sa sœur est très méchante avec lui, qu’elle l’insulte, lui dit qu’il est nul à l’école, se moque dès qu’il ouvre la bouche.

Il se désespère et est en colère, car me dit-il :

« De toutes les façons personne ne me croit, celui qui me console c’est mon perroquet… »

Ce garçon n’est pas un empêcheur de tourner en rond, c’est un enfant qui au bout du compte, est victime des sentiments négatifs de sa sœur et se déprime, d’autant que ses parents ne veulent pas voir la situation telle qu’elle est.

Les consultations sont alors l’objet de réflexion pour faire bouger les lignes et apporter un éclairage nouveau. Si l’aîné est souvent en cause, ce n’est pas toujours le cas, et, plus que le rang dans la fratrie, c’est la personnalité de chacun qui rentre surtout en ligne de compte. On remarque cependant qu’une différence d’âge de 3 ou 4 ans entre enfants du même sexe est plus à risque de difficultés, l’enfant de trois ans étant dans des fantasmes de toute puissance qui vont lui faire voir d’un mauvais œil l’arrivée d’un suivant qui va forcément accaparer un moment l’attention de ses parents.

Mais heureusement pour tous, parents et enfants, la rivalité n’est pas toujours qu’une logique implacable et toxique.

Elle est aussi, et plus souvent que l’on croit, un formidable moteur pour avancer, se surpasser et grandir. Et malgré leur ambivalence, les relations au sein de la fratrie, sont un excellent moyen d’apprendre à vivre avec les autres à l’extérieur, avec des joies, des contraintes et des inévitables frustrations.

 

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